C’est en partant à la recherche d’un nouveau déodorant ou antisudorifique que j’ai réalisé que la liste d’ingrédients de la plupart n’était pas géniale, et même parfois celle de produits se proclamant «naturels». Armée de mon application Yuka, j’ai eu beaucoup de difficulté à mettre la main sur un candidat qui répondait à mes standards pour ce que j’applique sur mes aisselles. La plupart affichaient un pointage qualifié de mauvais ou médiocre, mais j’ai réussi à trouver quelques options satisfaisantes.
Je vais m’abstenir de nommer des marques, mais je vous invite à faire l’exercice de scanner quelques codes-barres lors de votre prochain passage dans l’allée des déodorants et antisudorifiques. Dans cet article, je vous expliquerai l’origine des odeurs liées à la transpiration, la différence entre ces deux produits, les ingrédients à éviter (et pourquoi) ainsi que quelques pistes pour vous aider à faire de meilleurs choix.
Les odeurs: d’où viennent-elles en réalité?
On pourrait croire que c’est la transpiration elle-même qui dégage une odeur désagréable, mais en réalité, celle-ci est un liquide incolore et sans odeur qui vise simplement à rafraîchir le corps et à hydrater la peau. Lorsqu’elle entre en contact avec les bactéries présentes à la surface de notre peau, il se produit une réaction de dégradation dont les produits sont souvent… nauséabonds.
Cette flore microbienne présente à la surface du corps peut aussi rendre la sélection d’un déodorant ou d’un antisudorifique plus complexe, car elle peut réagir avec les ingrédients contenus dans ces produits d’hygiène, les rendant malodorants ou inefficaces. Nous n’avons pas tous le même niveau de transpiration, ni les mêmes bactéries à la surface de la peau. Un produit pouvant convenir à une personne pourrait ne pas nous convenir nécessairement.
La différence entre déodorant et antisudorifique
Pour les déodorants, le mot le dit : ce sont des produits qui enlèvent ou masquent les odeurs corporelles. Ils absorbent l’humidité, éradiquent les bactéries et masquent les mauvaises odeurs grâce à une combinaison d’agents antibactériens (alcool ou bicarbonate de soude), absorbants (fécules) et masquants (parfums). Les agents aux propriétés antimicrobiennes sont présents pour diminuer le nombre de bactéries sous les aisselles, et donc les odeurs associées aux produits de dégradation. Les déodorants ne contiennent pas de sels d’aluminium.
Les antisudorifiques, eux, réduisent ou éliminent la transpiration, et donc les odeurs associées. Ils contiennent des sels d’aluminium qui resserrent les pores de la peau et réduisent ainsi la transpiration, du moins en partie. Ces derniers sont reconnaissables par les appellations aluminium chlorohydrate, aluminium zirconium ou aluminium sesquichlorohydrate.
Devrions-nous vraiment craindre les sels d’aluminium?
À moins de vivre dans une grotte, vous savez probablement que les sels d’aluminium ont mauvaise réputation depuis longtemps. Toutefois, il est important de savoir qu’aucune étude ne prouve l’existence d’un lien entre ces ingrédients et l’incidence du cancer du sein ou de la maladie d’Alzheimer.
La Société canadienne du cancer affirme que rien ne prouve que l’utilisation d’antisudorifiques [contenant des sels d’aluminium] augmente le risque de cancer du sein. Des études sont toujours en cours, mais les recherches actuelles n’offrent aucune preuve convaincante quant à un lien entre l’exposition à l’aluminium et le développement de troubles cognitifs.
Il existe aussi un mythe selon lequel le fait d’empêcher la sudation retient les toxines à l’intérieur. Premièrement, tel que mentionné précédemment, la sueur a seulement pour fonction de refroidir le corps, et non de le débarrasser de ses toxines. Aussi, sachez que la transpiration saura trouver son chemin à l’extérieur du corps, en utilisant d’autres glandes sudoripares tout simplement.
Si c’est le seul ingrédient qui arrive à gérer votre transpiration et vos odeurs corporelles, vous pouvez donc utiliser les antisudorifiques sans craindre pour votre santé.
Un antisudorifique sans aluminium, ça existe?
Pour empêcher la transpiration, il faut boucher entièrement ou en partie les pores de la peau. La technologie NaturaDri, de Green Beaver, repose sur une combinaison d’esters (morceaux) de cire qui créent une barrière «physique» temporaire à la surface de la peau. Elle contient aussi de la poudre de tapioca dont la fonction est d’absorber l’excès d’humidité, ne laissant aucune «nourriture» pour les vilaines bactéries.
Les fécules (maïs, tapioca, riz, etc.) sont des agents absorbants répandus et sécuritaires. L’efficacité de cette technologique a été démontrée lors de deux études cliniques menées par des laboratoires indépendants, alléguant qu’elle offre une protection contre la transpiration et les odeurs sans être irritante ou allergène. C’est d’ailleurs l’antisudorifique que j’utilise, de concert avec une petite quantité de déodorant, pour me prémunir contre les odeurs.
Si vous voulez éviter l’aluminium, évitez aussi la pierre d’alun. Qu’elle soit naturelle ou synthétique, elle contient toujours des sels d’aluminium, car l’alun est par définition un mélange de sels de sulfate d’aluminium et de potassium.
Si on parlait des perturbateurs endocriniens…
Contrairement aux sels d’aluminium, les perturbateurs endocriniens présentent des risques avérés pour la santé. Cela veut dire qu’ils ont la capacité d’influencer ou de perturber nos fonctions hormonales et sont susceptibles de provoquer des pathologies chez l’humain (infertilité, obésité, cancers hormonodépendants, etc.).
Il est important de se rappeler que, même si un produit cosmétique respecte la limite fixée par Santé Canada pour ces ingrédients, la teneur de chaque produit appliqué s’additionne et s’accumule : c’est l’effet cumulatif. C’est pourquoi il vaut mieux limiter les produits qui en contiennent dans notre routine de soins quotidienne.
Exemples de perturbateurs endocriniens reconnus :
- BHT (butylhydroxytoluène) –Produit qui stabilise des caractéristiques comme la couleur ou la texture, mais n’est en rien indispensable dans les déodorants et antisudorifiques.
- Triclosan – Double perturbateur endocrinien (agit sur les hormones œstrogènes et sur la fonction thyroïdienne), en plus d’être néfaste pour l’environnement. On le retrouve aussi dans certains dentifrices.
- Parabènes et libérateurs de formaldéhyde – Conservateurs reconnus pour être des perturbateurs endocriniens. Les déodorants et antisudorifiques en bâton n’en contiennent généralement pas, car leur formule presque sans eau ne nécessite pas d’agents de conservation en raison du faible risque de prolifération bactérienne.
- Cyclopentasiloxane et cyclométhicone – Dérivés du silicone qui agissent comme agents émollients. Le cyclopentasiloxane est un perturbateur endocrinien et entre aussi dans la composition du cyclométhicone.
Autres ingrédients à surveiller dans vos cosmétiques
Autant dans vos déodorants et antisudorifiques que dans vos cosmétiques, dans la mesure où il existe des options plus sécuritaires, voici d’autres ingrédients qu’il faudrait mieux éviter :
- EDTA – Composé irritant et polluant.
- Phénoxyéthanol – Molécule neurotoxique, hépatoxique et allergisante.
- Phtalates – Additifs présents dans plusieurs cosmétiques dont la fonction est de faciliter la diffusion des odeurs. Certains sont associés à des effets néfastes sur la santé, comme un risque accru de cancer, d’asthme et d’allergies, ou encore des troubles de l’apprentissage, de l’attention ou du comportement chez les enfants.
- Fragrance non divulguée – Souvent identifiée comme «parfum» ou «fragrance», une appellation très large qui peut cacher un mélange de plus de 3500 substances chimiques, dont certaines peuvent être toxiques ou allergisantes.
- Benzène et butadiène – Impuretés courantes dans les déodorants et antisudorifiques en aérosol.
- Le talc – Agent absorbant efficace, mais controversé, car il présente un risque de cancer du poumon en cas d’inhalation, et de cancer des ovaires en cas d’exposition de la région périnéale chez la femme.
Déodorants naturels, oui, mais encore…
Il est important de rappeler qu’un produit naturel n’est pas nécessairement sans danger ni exempt de précautions. En effet, certains ingrédients naturels peuvent être tout de même allergisants ou sensibilisants. En voici quelques exemples :
Le bicarbonate est souvent utilisé, car c’est un excellent agent antibactérien et absorbant. Toutefois, il peut être irritant pour les gens ayant la peau sensible et peut causer des rougeurs puisqu’il influence le pH de la peau. Il existe heureusement plusieurs produits sans bicarbonate de soude.
Puisque le but premier d’un déodorant est d’éliminer ou de diminuer les odeurs, il y aura forcément des parfums ou fragrances. Toutefois, il est important de rappeler que les parfums et huiles essentielles comptent parmi les principaux responsables d’allergies. Ce n’est pas parce que c’est d’origine végétale que c’est forcément sans danger, et ce n’est pas parce que vous n’avez jamais eu de réaction allergique que vous n’en aurez jamais.
Le propylène glycol est souvent associé à des dermatites de contact.
L’huile de ricin (castor oil) est un allergène bien documenté dans les baumes et rouges à lèvres.
Comment faire de meilleurs choix
Comme pour tous les produits de soins personnels, si la composition vous préoccupe, veillez à choisir des produits contenant un moins grand nombre d’ingrédients et renseignez-vous sur ces derniers. Pour décrypter le contenu de vos produits et déchiffrer les listes d’ingrédients, j’utilise trois outils :
- Yuka (application) – Permet d’analyser la composition d’un produit à partir de son code-barres et d’obtenir sa note en fonction des composés qu’il contient. En s’abonnant, on peut aussi retrouver un produit grâce à l’outil de recherche.
- L’outil Skin Deep (site Web) – Crée par l’environnemental working group (EWG), c’est une véritable mine d’or d’informations sur les produits et les ingrédients.
- Le Décodeur (application) – Créée par Protégez-Vous, reconnait plus de 25 000 ingrédients et renseigne sur plus de 200 qui peuvent représenter un risque pour la santé.
Dans cet article, nous avons découvert l’origine des odeurs associées à la transpiration, la différence entre un déodorant et un antisudorifique ainsi que des pistes pour vous aider à faire de meilleurs choix, notamment en énumérant certains ingrédients dont il vaut mieux se méfier. Dans un prochain article, je vous parlerai de l’impact de ces deux produits cosmétiques sur l’environnement, autant du point de vue des déchets que de celui des ingrédients qui les composent. Si vous avez des questions d’ici là, n’hésitez pas à les poser dans les commentaires!
Sources :
- https://www.protegez-vous.ca/sante-et-alimentation/deodorant/comment-choisir-votre-deodorant
- https://cancer.ca/fr/cancer-information/reduce-your-risk/myths-and-controversies/do-antiperspirants-cause-breast-cancer`
- https://www.nationalgeographic.fr/sciences/fact-check-etudes-sante-cosmetique-mieux-vaut-il-vraiment-utiliser-un-deodorant-naturel
- https://www.ewg.org/news-insights/news/2024/07/deodorants-vs-antiperspirants-whats-difference


